La biographie langagière (ou biographie des langues) est une étape utile et nécessaire dans une démarche réflexive de l’apprentissage des langues étrangères. Ce travail introspectif permet de revisiter son parcours langagier et ses expériences interculturelles, et de la présenter de façon personnelle, intuitive, spontanée, ou plus consciente et recherchée, selon ses compétences en didactique des langues. En effet, la biographie langagière d’un lycéen ne sera pas la même que celle d’un praticien des langues.
Notre parcours linguistique et notre histoire personnelle sont intimement liés et cette démarche permet de réfléchir sur nos styles d’apprentissage, nos goûts, nos points forts et nos lacunes, ainsi que sur les représentations que l’on a des langues-cultures avec lesquelles nous sommes en contact et que nous connaissons (même partiellement).
Ce module a été pour moi l’occasion de (re)découvrir les différents courants en didactique des langues, dont j’ai fait l’expérience en tant qu’apprenant, à l’école et dans d’autres milieux institutionnels. Avoir connaissance des méthodes et approches didactiques par lesquelles j’ai appris les langues vivantes étrangères (la méthode de la grammaire-traduction, l’approche communicative, etc.) me permet de mieux comprendre comment j’ai pu acquérir certaines compétences et ce qui me convient ou non dans chacune des méthodes utilisées. Explorer son profil d’apprenant, connaître notamment ses styles d’apprentissage et les stratégies en œuvre dans la communication et l’apprentissage des langues, utiliser des techniques permettant d’être plus efficace dans la communication en langue étrangère, favorise les conditions d’auto-apprentissage.
Raconter son parcours langagier et décrire ses représentations des langues-cultures permet d’aborder plus facilement la question de la définition des objectifs d’apprentissage et des projets personnels (ou professionnels) liés à une langue-culture. Ainsi, comment vais-je mesurer mes progrès et poursuivre mon apprentissage si je n’ai pas d’objectifs (généraux et intermédiaires) clairs pour me guider ? De même, est-ce qu’un apprenant peut être qualifié de “mauvais en langue” parce qu’une méthode ne lui convient pas ? Chacun doit tenir compte de sa personnalité, ses goûts et ses styles d’apprentissage, car il n’existe certainement pas de méthode unique qui serait efficace pour tous les apprenants. La question se pose moins pour les apprenants dont on dit souvent qu’ils ont “un don pour les langues”, probablement parce qu’ils utilisent plus spontanément (souvent inconsciemment) des stratégies (compensation, transfert linguistique, etc.) qui leur permettent de communiquer et de progresser. Je pense pouvoir me classer dans cette catégorie. Pour les autres, l’apprentissage d’une langue est souvent vécue comme une tâche fastidieuse et peu gratifiante, et la méthode enseignée génère souvent des blocages à l’école. Les méthodes ont évolué vers des approches communicative et interactionnelle, qui mettent l’apprenant au cœur de l’apprentissage. Le Cadre européen commun de référence pour les langues, publié par le Conseil de l’Europe en 2001, insiste notamment sur l’importance de l’auto-évaluation dans l’apprentissage d’une langue et un outil comme le portfolio européen des langues inclut la biographie langagière, le passeport des langues et le dossier (sélection de productions illustrant les compétences de l’apprenant).
Il est primordial d’apprendre à se connaître et à définir des objectifs ancrés dans la réalité, qui répondent à des besoins ou à des envies, sources de motivation pour tout apprenant. C’est seulement à ce moment-là que l’apprenant peut profiter de l’aide que pourront lui apporter ses tuteurs potentiels, qu’ils soient enseignants, praticiens des langues ou simplement des natifs de la langue pratiquée.
La démarche réflexive et l’approche sociolinguistique ne pouvaient pas me laisser insensible. En effet, j’ai d’abord choisi de suivre une formation universitaire en langues appliquées et décidé d’étudier deux années consécutives en Allemagne et au Canada anglophone. Plus récemment, j’ai décidé de m’expatrier en Egypte pour mieux découvrir cette région du monde, améliorer mes compétences en arabe, et me rapprocher d’une autre culture. J’ai aimé découvrir et être au contact d’autres langues-cultures depuis mes premiers voyages. Je les considère depuis indispensables à mon épanouissement. Mon apprentissage des langues (anglais, allemand, arabe) a jusqu’à présent toujours commencé dans un cadre institutionnel pour se poursuivre en immersion dans un pays de la langue concernée.
Enfin, il me semble que ma biographie langagière parlera d’elle-même et qu’elle illustre mon expérience de l’apprentissage réflexif en langues.